Duceppe Jean Le Canada: une histoire populaire
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Jean Duceppe
Biographie
Jean Duceppe

Par Manon Leroux

Comédien au talent naturel, à la diction caractéristique, bourreau de travail omniprésent dans tous les médias audiovisuels et à la scène, Jean Duceppe est pourtant arrivé dans le métier par hasard.

Né en 1923, dans une famille de dix-huit enfants dans le quartier Hochelaga, à Montréal, il vend de la glace pour l'entreprise familiale lorsqu'on lui propose de donner la réplique dans les cours de théâtre de Mme Sita Riddez. Par la suite, il passe au théâtre l'Arcade et finit par décrocher des rôles dans des pièces édifiantes à la mode comme La Passion du fils de l'homme, ou des pièces du « boulevard français ».

Après un bref passage chez les Compagnons de Saint-Laurent du père Émile Legault, il joint les rangs de l'équipe de l'Arcade, aux côtés d'autres jeunes recrues dont Janine Sutto et Yvette Brind'amour. Pendant la guerre, des artistes français viennent jouer au Canada. Duceppe a l'occasion d'en côtoyer quelques-uns et d'être dirigé par des metteurs en scène de renom. Il joue aussi à la Salle Saint-Sulpice et au Monument National.

Au début des années 1950, il joue dans une pièce présentée au Théâtre du Nouveau Monde naissant; ce sera la seule, Duceppe considérant d'un œil un peu cynique ce théâtre qui deviendra en quelque sorte son rival vingt ans plus tard.

Il est de presque tous les radio-romans de l'époque. Dès l'apparition de la télévision, il s'impose au petit écran en jouant dans le premier télé-théâtre de Radio-Canada, Le Seigneur de Brinqueville, diffusé en direct en août 1952. Il fait ensuite sa marque auprès du public en interprétant pendant six ans le personnage louche de Stan Labrie dans Les Plouffe, de Roger Lemelin.

À la même époque, on le voit beaucoup au théâtre, au Rideau Vert entre autres. Il aborde un auteur qui par la suite écrira pour lui de nombreux rôles : Marcel Dubé. Il est aussi de la distribution de Bousille et les justes, de Gratien Gélinas, où il tient, en 1959, un rôle que l'auteur a imaginé pour lui. À cette époque, malgré son jeune âge, on lui offre déjà des rôles de père, de chef ou d'escroc, à cause de son physique un peu lourd, souvenir d'une appendicite qui a arrondi sa silhouette. Il conservera et cultivera cette image paternelle tout au long de sa carrière.

À la fin des années 1950, Jean Duceppe s'intéresse de plus en plus à la politique, d'abord en tant que président de l'Union des artistes lors de la grève des réalisateurs de Radio-Canada, en 1959, puis par le biais du nouveau défi qui s'offre à lui : l'animation radiophonique.

Il entre à CKAC, où, jusqu'en 1966, il animera plusieurs émissions – parfois trois dans la même journée. Il profite de cette position privilégiée pour assener des vérités à ses auditeurs ou pour les provoquer. Il prend le parti des petits et des démunis, même si cela met parfois la station radiophonique dans l'embarras.

Mais l'engagement politique de Duceppe ne le mènera jamais vers la politique active. Ami de René Lévesque, péquiste convaincu, il fera campagne pour le oui au référendum de 1980 et prononcera un discours patriotique à la fête de la Saint-Jean-Baptiste de 1990, quelques mois avant son décès.

Au théâtre et à la télévision, Duceppe est partout. Il joue les textes de Françoise Loranger, Marcel Dubé, Yves Thériault, Jean-Paul Filion, Hubert Aquin. Il tient le rôle d'Émery Lafeuille dans le téléroman Rue des pignons, de 1966 à 1977. Il fait ses premiers pas au cinéma dans les années 1960, mais c'est Claude Jutra qui lui donnera son plus grand rôle, celui qui l'immortalisera dans le cœur des Québécois, Mon oncle Antoine, en 1971. Duceppe se démarque aussi au théâtre dans La mort d'un commis-voyageur, adapté pour la télévision, et dans le rôle de Duplessis dans Charbonneau et le chef.

En 1973, Jean Duceppe réalise son rêve et fonde sa propre compagnie de théâtre. Son but est de présenter au public des pièces divertissantes ou des histoires auxquelles les gens peuvent s'identifier. Il choisit souvent, pour attirer le public, des comédiens déjà connus par la télévision. Sa compagnie s'installe à la Place des Arts et devient l'un des théâtres les plus rentables, sinon le plus prospère, de Montréal. À l'occasion, la critique lui reproche ses choix de textes trop américains ou commerciaux, mais Duceppe fait bien sûr aussi jouer des auteurs québécois. Lorsqu'il s'éteint en 1990, il laisse un solide héritage au monde évanescent du théâtre.


Références :

VAIS, Michel « La mort du père », Jeu, 57, déc. 1990, p. 213-214.

LÉVESQUE, Robert, « Jean Duceppe 1923-1990 », Le Devoir, 8 décembre 1990.

LEMAY, Daniel, « À la radio, un animateur choc »; Louis FALARDEAU, « Du côté des petits contre tous les puissants », La Presse, 8 décembre 1990.

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