L'internement des Japonais au Canada
Le Canada ferme ses portes
L'internement des Japonais au Canada
En 1942, le gouvernement de la Colombie- Britannique déporte vingt- trois mille canado- japonais dans des camps dans des régions éloignées. Leurs biens sont confisqués et leur vie dans les camps est misérable.
Par Johanne Ménard

« On se prépare à se serrer la ceinture en prévision de la famine qui s'en vient. Les maladies (...) la torture physique et mentale, la mort serait plus facile à supporter. » 1 Muriel Kitagawa


Les camps où étaient déportés les familles canado- japonaises étaient surpeuplés, mal construits, peu isolés et peu chauffés. Photo: Une cuisine communautaire dans le camp d'internement de Grenwood, en Colombie- Britannique. (ANC, C-024452)

Depuis leur arrivée au Canada au siècle dernier, les Japonais, à l'instar des Chinois, ont été l'objet d'une hostilité raciale très forte. Les Canado-Japonais, qui vivent principalement en Colombie- Britannique, pêchent le long des côtes alors que d'autres s'adonnent à la culture d'arbres fruitiers et à plusieurs petits métiers. Travailleurs infatigables, ils dont souvent jalousés par les Blancs qui leur reprochent d'être des voleurs d'emplois.

En 1903, le gouvernement de Colombie- Britannique les prive du droit de vote même s'ils paient des impôts comme les autres citoyens. Cette interdiction s'applique, à partir de 1920, au niveau fédéral. Le solliciteur de Colombie- Britannique explique :

« (...) Nul Oriental, qu'il soit hindou, japonais ou chinois n'acquiert l'électorat en ce pays par le seul fait qu'il en est citoyen. »  2

Une délégation de Japonais ayant obtenu leur citoyenneté, se rend à Ottawa en 1936 pour rencontrer Mackenzie King et demander le droit de vote. Le Premier ministre répond qu'il ignorait que les Canadiens japonais voulaient avoir le droit de voter. Leur requête est refusée.

Pendant la Deuxième guerre mondiale, le Japon poursuit une politique expansionniste et envahit plusieurs pays en Asie. Le 7 décembre 1941, sa flotte d'avions attaque la base américaine de Pearl Harbour dans le Pacifique. Les États- Unis répondent à cet affront en déclarant la guerre au Japon. L'Île de Hong Kong est envahie à son tour et les soldats canadiens qui la protégeaient sont faits prisonniers. La crainte grandit au Canada à l'idée que l'armée nippone pourrait débarquer sur la côte Ouest.

Peu de temps après cette attaque, le gouvernement de Colombie- Britannique saisit les bateaux de pêche appartenant aux Japonais. Les imprimeries de journaux en japonais sont fermées. Le 14 janvier 1942, tous les hommes d'origine japonaise, âgés de 18 à 45 ans sont emprisonnés et amenés dans des camps situés dans des régions éloignées de la province. Le gouvernement ne veut plus voir un seul asiatique habiter près de la côte Ouest de peur qu'il soit « un ennemi intérieur ».

Six semaines plus tard, le 26 février, les vingt-deux mille Canadiens d'origine japonaise, surtout des femmes, des vieillards et des enfants, reçoivent l'ordre de quitter leurs maisons et leur travail, avec pour tout bagage une seule valise. Ils seront internés à leur tour dans des camps au nom de la sécurité nationale.

Chacun interné est fiché, photographié et obtient un numéro matricule. Des centaines de familles sont entassées pendant des mois dans des étables du parc Hastings de Vancouver avant d'être conduites dans des camps. La vie à Hastings Park est désespérante.

« Des centaines de femmes et d'enfants furent entassés dans les étables. Les familles étaient isolées les unes des autres par des morceaux de tissu suspendus aux lits superposés. Les murs séparant les rangées de lits n'étaient que de cinq pieds de haut, une hauteur normale pour attacher les animaux. » 3

Ils mènent une vie misérable de promiscuité et d'indigence.

« Eiko dort dans une stalle qu'on a divisée ( ... ) Cette stalle abritait précédemment une paire d'étalons (...) Tout l'endroit est imprégné de l'odeur d'ancien fumier et de vers. Tous les deux jours, on asperge le sol de chlorure de chaux ou de quelque chose de semblable, mais on ne peut masquer les odeurs des chevaux, de vaches, de moutons et de cochons, de lapins et de chèvres( ...) Les toilettes consistent simplement en un trou pratiqué dans une feuille de tôle et, jusqu'à maintenant, elles ne sont pas isolées et n'ont pas de siège (...) Eiko est vraiment malade. Cet endroit la rend malade. Il y a dix douches pour 1 500 femmes. Les hommes se laissent terriblement aller. » 4

Des hommes sont envoyés dans des camps de travail, dans les mines à l'intérieur des terres. Des familles entières vont travaillées dans les champs au Manitoba et en Saskatchewan. Leurs conditions de vie sont extrêmes. Dans les camps, les bâtiments ne sont pas isolés, il fait très froid et la maladie frappe.

En 1943, l'infamie se poursuit. Le gouvernement confisque les biens des internés et les vend sans leur consentement. Terres, entreprises, véhicules, maisons, effets personnels, tout est liquidé à bas prix. La communauté japonaise de Colombie- Britannique devra recommencer à zéro après la guerre.

Lorsque la guerre se termine, les autorités les obligent les Canadiens d'origine japonaise à retourner au Japon ou aller s'installer dans les Rocheuses. Plus de dix mille quittent le Canada pour le Japon. Ceux qui restent entretiendront pendant longtemps un fort ressentiment envers le Canada.

1) KITAGAWA, Muriel, Lettre à son père, Kitagawa Papers, MG31E26, Archives Publiques du Canada

2) Débats parlementaires de la Colombie-Britannique, 29 avril 1920, p.1862

3) KITAGAWA, Muriel, Lettre à son frère, 20 avril 1942.

4) Ibid.

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